Internet et espace : tout est une question d’altitude

Par philanthropie pour les uns ou par cupidité pour les autres, donner accès à Internet à la planète entière via l’espace est devenu le nouvel objectif des grands de ce monde. De Musk à Wyler en passant par Pichai sans oublier Zuckerberg, les idées foisonnent pour augmenter le nombre de terriens connectés, mais aussi pour améliorer le débit.

Haute contre basse altitude
À l’heure actuelle, 57 % de la population mondiale n’a pas encore accès à Internet. Étendre la Toile aux 4,2 milliards de personnes non connectées nécessite temps et argent; en cause : le creusement des fossés, la pose de la fibre et la gestion des droits de propriété. Alors, le ciel pourrait-il être une solution? C’est ce qu’a cru Eutelsat, en 2003, avec les satellites géostationnaires gravitant à 35 786 km d’altitude, mais c’était sans compter sur un problème de latence (500 ms) qui est surmontable pour les téléchargements et pour la navigation, mais qui est délicat pour des applications synchrones telles que les jeux en ligne, le partage de documents dans le nuage, la téléphonie sur IP ou encore le chat vidéo. La solution serait plutôt les satellites à basse altitude. C’est ainsi que Greg Wyler (OneWeb) a réussi à réduire la latence à 125 ms avec ses 12 satellites à 8000 km d’altitude. Mais pourquoi autant de satellites? Car, à cette altitude, ils ne sont plus géostationnaires, mais bel et bien en mouvement perpétuel; ainsi, la qualité du débit sera fonction du nombre de satellites, chacun prenant le relais sur l’autre pour couvrir une zone terrestre spécifiée. Pas étonnant donc que Musk lancera pas moins de 4 425 satellites à 1150 km d’altitude avant de créer une seconde constellation de 7 518 satellites pour atteindre une latence de 40 ms.

 

Des choix, des défis, des concurrents
Entreprendre de tels projets nécessite de résoudre des questions complexes, et la première concerne la connexion aux satellites à basse altitude. Alors que Musk a opté pour des antennes paraboliques orientables – dispositif complexe, mais réception de qualité (idéale pour ses clients qui sont des sociétés de télécom) –, Greg Wyler a choisi des antennes multidirectionnelles qui conviendront aux particuliers. Le deuxième point semble être également réglé pour les deux principaux protagonistes, il s’agit de la mise sur orbite des satellites. Wyler a conclu une entente avec Arianespace et Virgin Galatic, alors que Musk comptera, en toute logique, sur sa société Space X. Quant aux coûts de l’investissement, les chiffres ont de quoi donner le vertige. Envisageant d’engendrer un revenu de 30 milliards de dollars d’ici 2025 avec 40 millions d’abonnés, Musk – soutenu par Fidelity Investments et Google – doit d’ici là boucler son budget de 10 milliards de dollars pour sa première constellation. Enfin, cette compétition attire d’autres multimillionnaires, et pas des moindres : Alphabet, la maison mère de Google, qui a lancé Loon – un projet de ballons stratosphériques pour donner accès à Internet aux régions les plus reculées du monde – et Facebook qui semble également s’intéresser à cette cause, comme le confirme une offre d’emploi pour un « chef de produit extraterrestre ».

Quel que soit le vainqueur de ce nouveau duel céleste, le vrai gagnant sera le Terrien qui profitera d’un réseau plus étendu et d’un débit amélioré. Quant au perdant, ce ne sera peut-être pas celui auquel on croit, mais plus l’espace qui récupérera, au bout de sept années seulement (durée de vie des petits satellites), des millions de débris spatiaux. Espérons qu’un jour une solution à ce problème sécuritaire et environnemental soit trouvée.

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