Armée de l’espace : stratégie militaire ou stratagème politique

Trente-cinq ans après le souhait du président américain Ronald Reagan de « maitriser l’espace pour parer à toute attaque russe », Donald Trump a annoncé ce 9 août 2018 vouloir créer une Force de l’espace pour surveiller et protéger les satellites américains. Est-ce une réponse militaire à une menace réelle ou un simple argument électoraliste?

 

Un projet à l’image du président
D’après le président américain actuel, pour défendre l’Amérique « une simple présence dans l’espace ne suffit pas, il nous faut dominer l’espace » et son vice-président, Mike Pence, de renchérir en voulant que les États-Unis « se préparent pour le prochain champ de bataille ». Concrètement, M. Trump veut gagner la guerre des satellites – outils de géolocalisation indispensables pour l’ensemble des armées du monde – et empêcher certaines nations de perturber leurs installations dans l’espace et de remettre en question la suprématie américaine. L’attaque de la Chine en 2007 sur un missile américain et les lasers aéroportés destinés à détruire les satellites américains sont suffisamment de preuves, aux yeux de Mike Pence, que l’espace est en train de se militariser et qu’il faut réagir en créant cette 6e branche des forces armées américaines – aux côtés de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la marine, du corps des Marines et des garde-côtes. Elle aura pour objectif de défendre tous les équipements américains dans l’espace et sera dotée d’une agence de développement spatial, dont la mission sera de détecter plus rapidement toutes les nouvelles technologies. Bien que sa mise en place soit prévue pour 2020, ce projet doit être au préalable soumis au vote du Congrès, dont le résultat est loin d’être acquis.

 

De nombreux sceptiques à convaincre
Depuis que cette annonce a été faite, les détracteurs et les sceptiques se font entendre. Tout d’abord, la question financière s’est très vite invitée dans le débat. « Pourquoi investir huit milliards de dollars pour créer la 6e branche des forces armées, alors que la Force de l’espace existe déjà au sein de l’armée de l’air? », s’étonne Scott Ketty, astronaute à la retraite. Ce jeu de chaises musicales devrait en effet nécessiter une nouvelle administration et l’embauche de centaines de fonctionnaires. Certes, une goutte d’eau par rapport au budget militaire annuel estimé à plus de 710 milliards de dollars, mais qui ne laissent pas indifférents les démocrates qui préfèreraient que cette somme soit investie dans des mesures pour améliorer la santé et le mieux-vivre des Américains. De plus, certains se demandent si les délais annoncés seront tenus, comme l’exprime Deborah James, ancienne secrétaire de l’armée de l’air, qui estime que la mise en place d’un tel projet nécessiterait cinq à dix ans, plutôt que deux. À se demander s’il ne s’agit pas d’un argument électoraliste en vue du scrutin de mi-mandat en novembre prouvant ainsi aux citoyens que les États-Unis dominent non seulement la finance mondiale, mais aussi l’espace. Il pourrait peut-être même s’agir d’un argument pour la campagne présidentielle de 2020 (certains avancent que le logo de la Force de l’espace apparaitrait sur les articles promotionnels!).

 

Que ce projet voie le jour ou pas, l’espace vient de perdre de son aura en étant qualifié de nouveau champ de bataille de notre civilisation. Espérons qu’il ne s’agit là que d’une guerre des mots et que l’univers redevienne un lieu de découverte et d’émerveillement.

 

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